Non, les lycéens ne sont pas des abrutis

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6 commentaires   |   A La Une, Tout et rien!

La droite s’enflamme, la gauche et les syndicats aussi. D’un premier côté nous avons le gouvernement et les élus politiques de droite soutenant la réforme des retraites qui affirment que si les lycéens sont dans les rues, c’est pour de mauvaises raisons. Les syndicat et la gauche qui les manipulent, les lycéens qui veulent rater les cours ou qui veulent juste emmerder le monde. Mais oui, c’est bien connu, les jeunes et notamment les mineurs parce qu’ils ne sont pas encore citoyen sont des abrutis accomplis. C’est bien connu, une fois la majorité atteinte, la sagesse arrive telle une massue. De son côté le Parti Socialiste défend les décentes dans les rues des lycéens. Pourtant si la gauche était au pouvoir et faisait une réforme peu admirable, le scénario similaire se produirait.

Je vais tout simplement vous donner mon avis, en tant que lycéen.

Pourquoi le lycéen veut-il manifester?

Il y a en mon sens trois possibilités différentes. La première est celle utilisée par le gouvernement pour tenter de faire baisser le mouvement des jeunes à savoir, ils veulent rater les cours. D’un côté cela n’est pas tellement faux. Même si là où je me trouve (Ile de la Réunion) il n’y a aucune manifestation lycéenne compte tenu des vacances, j’avais participé aux manifestations de Décembre 2008 sur la réforme des lycées. Et oui, c’est vrai d’un côté. Quelques élèves rejoignent les manifestations dans le but de rater les cours. Un acte tout à fait louable dès lors que l’on regarde le système scolaire français, à nous donner de nombreuses vacances pour ensuite nous faire travailler sur une longue durée avec jusqu’à quarante heures de cours au lycée sans compte les devoirs à effectuer chez soi. Le système allemand est plus logique car donnant moins de vacances, mais banalisant les après-midi pour permettre aux élèves de se reposer, distraire, travailler chez soi.

La deuxième raison est plus louable puisqu’elle est justifiée à savoir manifester pour défendre quelque chose. Ici c’est pour défendre les intérêts des français pour leur retraite. Ce groupe est —malheureusement pour ceux qui n’aiment pas les jeunes— majoritaire. Les têtes des cortèges connaissent parfaitement la dite réforme et savent quels points sont à changer. Ces têtes informent les autres lycéens avec les informations données par les différents médias journalistiques et par le gouvernement. Bien évidemment, l’opinion des parents et les arguments avancés par l’opposition leur plaisent ce qui n’a rien d’immoral. Ils forgent leurs avis —j’insiste sur le pluriel— sur tout ce qu’ils entendent. Il faut bien voir ce qu’est avant tout un lycée. Une machine à apprendre, à ingurgiter des quantités gigantesque d’information de part sa capacité à encore pouvoir créer des neurones et avoir des connexions cérébrales plus nombreuses. Tout est donc plus rapidement assimilé chez un jeune que chez une personne plus agée —pas nécessairement vielle. Et quand bien même on dira que nous sommes manipulés par l’opposition et par les syndicats, les lycéens parviennent très bien à faire la différence entre la pêche politique et le combat véritable qui est mené. N’oublions pas que grâce aux cours d’Histoire notamment —d’où l’intérêt pour le gouvernement de supprimer cette matière pour les terminales scientifiques— un certain nombre de faits est enseigné aux lycéens, permettant à ces derniers de tout simplement comparer les conséquences du passé face à certaines actions politiques avec l’actualité.

Enfin la troisième raison est un composé des deux. Certains élèves ont du mal à se situer mais se rendent bien compte qu’il y a un problème. On pourrait très bien appeler ceux-là de manipulés, mais ils ne sont qu’une minorité à dire « je sais pas trop si c’est bien mais je vois que les gens sont pas contents donc ça doit pas être bien » tout en se disant que rater les cours est une bonne occasion de manifester.

Pourquoi le lycéen ne veut-il pas  manifester?

Cette partie du mouvement est également à évoquer puisque dans le mouvement lycée comme dans tout mouvement contestataire,  il y a des personnes qui décident de ne pas participer aux manifestations. Dans le mouvement lycée il s’agit bien souvent de deux catégories différentes. Tout d’abord et parce que c’est logique, ceux qui soutiennent la réforme de part leur opinion personnelle ou celle que leur a été inculquée par leurs parents. En deuxième lieu et c’est ce qui me concernera si le mouvement se poursuit suffisamment longtemps pour arriver à la Réunion, c’est qu’en année de terminale on a du mal à rater les cours de nombreuses fois car nous empêchant d’avancer correctement l’année du baccalauréat.

Cette partie semble petite si je m’arrête là. Mais je continue pour la simple raison qu’elle contre l’argument utilisé par le gouvernement quant à la manipulation des lycéens. Si un certain nombre continu à suivre les cours c’est bien la preuve qu’il n’y a pas manipulation véritable. Si la manipulation en était réellement nulle, les opposants à la réforme auraient sans nul doute utilisé d’autres arguments moins véridiques à savoir des mensonges pour tenter de faire sortir du trou ces quelques résistants.

Argument débile: On ne doit pas empêcher les cours

Je ne sais plus quel membre du gouvernement l’a dit mais cela ressembler à quelque chose du genre « on ne doit pas empêcher ceux qui veulent continuer d’aller en cours ». Argument débile. Au final les lycéens sont plutôt intelligents dans leur genre puisqu’ils ont tout simplement intégré le principe même de la grève et des manifestations —bien qu’on ne peut parler de grève pour les lycéens. Les autres arguments débiles dans le même genre et ce pour faire un parallèle sont: « On ne peut pas empêcher les gens de prendre le train, de prendre l’avion, d’avoir de l’essence, d’aller à leur boulot … » Le but même d’un mouvement de contestation est —excuser moi pour l’expression— justement de faire chier le monde. A quoi bon manifester si c’est pour que l’économie continue à fonctionner comme si de rien n’était? Qu’il s’agisse de l’économie ou de la facilité de vie. Les manifestations perturbent les circulations des personnes ce qui est logique. Les grèves des TGV prennent les utilisateurs en otage, bien sûr. Mais imaginons un instant un mouvement où tout les TGV continuent normalement leur trajet, la RATP continue son boulot et Air France continue son tour du monde. Imaginons un mouvement où les rues ne seraient pas bloquées par une manifestation, ou le pétrole raffiné continuerait d’arriver sans problème et où tout le monde continuerait tranquillement sa vie. Cela n’est plus un mouvement, il n’y a plus de contestation et donc plus de pression.

Dans le cas des lycées bloqués c’est exactement la même chose. En bloquant les établissements scolaires, on embête les parents, les proviseurs, les professeurs, le gouvernement, la gendarmerie… Et c’est bien le but. Ainsi l’argument débile du gouvernement —et il reviendra toujours lors d’une grève— c’est que l’on ne doit pas empêcher le pays de continuer à avancer. Ce qui est bien sûr totalement illogique.

Le lycéen fait peur

Mais alors, où est le problème avec les manifestations de nous, jeunes? Vous l’avez deviné —en même temps je l’ai écrit— c’est que les jeunes font peurs. La différence entre une grève assortie d’une manifestation organisée par un syndicat et une manifestation de lycéen, c’est que pour les syndicats cela est planifié plusieurs jours à l’avance, le préavis de grève est donné, la demande de manifestation est déposée à la mairie avec un parcours donné et un responsable tandis que pour les lycéens, le mouvement est instantané, organisé le matin même sans que quiconque soit au courant.

Les lycéens sont rapides. A l’heure des sms, de Facebook voire même de Twitter en France métropolitaine, le message passe extrêmement rapidement. En moins d’une heure un nombre important de personnes peut être mobilisé. Les sms sont envoyés en masse et ce grâce aux forfaits illimités proposés par nos opérateurs, des évènements, pages ou groupes Facebook sont créés et largement diffusés par invitations. Et pour les autres qui auraient raté cela —plutôt rare— c’est à l’entrée de l’établissement que l’information passera.

Les lycéens sont imprévisibles. Une fois l’information passée la veille au soir, dès le lendemain matin la majorité de l’établissement est motivée pour aller manifester. La mairie n’est pas prévenue, les services de l’ordre non plus, et voilà que le cortège part sur la route à une heure de pointe, celle où l’on va travailler. Le trajet? Bien souvent on se dirige vers la mairie ou la préfecture —ou sous-préfecture— par des chemins totalement indirects, dans le but bien entendu de gêner. On gêne par la présence et par le bruit, car quand on est jeune nos cordes vocales sont encore bien puissantes. En général c’est au milieu du trajet que les forces de l’ordre commencent à être prévenues. Une fois arrivée à la destination voulue, on en a perdu quelques uns qui reviendront un peu après. Les autres lycées rejoignent le mouvement. Et les forces de l’ordre sont —enfin— là.

Mais il n’empêche que les lycéens foutent la trouille au gouvernement. Imprévisibles, ils sont. Personne ne peut savoir lors d’une manifestation de lycéens ce qui va se passer. En cas de casse, de mouvement de panique, de changement de direction il peut à tout moment y avoir un problème. Et c’est bien cela qui fait la force de ces mouvements, ils font peurs. Ils font d’autant plus peurs qu’ils sont en bonne condition physique. Certes les gendarmes ou CRS en possèdent une bien meilleure de part leur formation militaire, mais en cas de problème leur travail habituel serait compromis par le seul fait qu’ils auraient à faire à une puissance physique plus puissante qu’à l’habituel. Imaginez déjà les dégâts que peuvent produire de nombreux adultes en se réunissant. Alors avec une meilleure condition physique, les dangers sont plus présents.

Le gouvernement veut désamorcer des bombes avec des bombes

Je ne crois pas me tromper en disant que l’action du gouvernement vis à vis des mouvements lycéens est à l’heure actuelle mal réalisée. Bien sûr le gouvernement a peur des lycéens de part leur imprévisibilité, leur rapidité et leur force. Du même coup et c’est logique, le pouvoir tente de freiner le mouvement. Mais je n’ai jamais vu faire d’une manière aussi bête, on dirait Mai 68. Ne jamais insulter un lycéen, ni le frapper. On est rempli d’égo à notre âge, ça n’est que plus tard que l’on se rend compte véritablement de l’importance d’une société entière. Ça n’est donc certainement pas en insultant les jeunes que cela marchera. Insulter, c’est le mot à utiliser. On nous parle de lycéens manipulés par les syndicats et par le Parti Socialiste, alors même que les lycéens ne sont pas enclins à être manipulés par un quelconque parti politique. C’est donc véritablement une insulte lancée à l’encontre de personnes motivés par leurs opinions. C’est un peu comme dire à une personne qu’elle est bête, qu’elle ne sait pas penser et que donc elle se calque sur les autres. Inévitablement les réactions ne se font pas attendre et on voit sur BFM ou iTélé des lycéens dans la rue qui défendent leurs actions avec plus d’ardeur qu’ils n’en avaient au début. La seule chose qu’à réussi à faire cette insulte du gouvernement, ça n’est certainement pas de faire baisser le mouvement mais au contraire de l’alimenter et de le renforcer mentalement et idéologiquement.

La deuxième tentative du gouvernement est de faire appel à l’autorité parentale, leur dire que la vie de la chair de leurs entrailles peut se faire très mal…! Ça aurait pu marcher dans la mesure où un mouvement lycéen aurait dégénéré en son sein même. Mais les différentes blessures physiques qui ont réellement eu lieu ont été causées par les forces de l’ordre. Deuxième mauvaise action. Frapper un enfant, cela le calme. Frapper un presque adulte ou un adulte, cela l’énerve. Il a bien conscience de ses droits et devoirs, ce qui qu’il ne doit pas faire. Alors imaginez un peu, vous faites tout comme il faut et on vous frappe, on essaye d’empêcher les blocages des lycées et on envoie des bombes lacrymogènes et des flash-ball dans la tête des élèves. Combattre le non-mal —pas forcément bien, cela dépend des opinions— par le mal, voilà une idée qui date de… voyons voir… mais oui, une idée utilisée dans les régimes totalitaires tel le régime stalinien ou nazis. Aujourd’hui on retrouve ses pratiques dans les dictatures. Je m’explique. Lorsque vous êtes contre quelque chose, et sans forcément avoir commis un acte mauvais, on viendra vous frapper, vous intimider voire vous tuer. La dernière option n’arrivera —j’espère— pas en France, mais les deux premières ont déjà été mises en place.

Les lycéens et les jeunes ne sont pas des cons

C’est cela que le pouvoir n’a jamais compris,  qu’il s’agisse d’un parti de gauche ou de droite. On retrouve toujours des erreurs similaires lorsque l’on doit faire face à une manifestation jeune. Le problème aujourd’hui, c’est que l’on a affaire à la génération Y, dite de ceux qui baignent dans les nouvelles technologies. Le gouvernement actuel aurait pu faire moins d’erreur si cette donnée était entrée dans leurs débats internes. Rapides, imprévisibles et surtout instruits. Trois mots qui désignent les jeunes et leur force aujourd’hui. Trois mots que le pouvoir aurait bien fait d’assimiler plus tôt. Car maintenant c’est terminé. Les erreurs commises sont irréparables. Je ne parle pas des générations futures mais de la génération de lycéen qui actuellement manifeste. Ces derniers ne vont à mon avis pas oublier de si tôt ce qui c’est passé durant les manifestations. A côté de cela, les mouvements contre la réforme des lycées, c’était rien du tout.

On est pas con. Contrairement à ce que pense un certain Nicolas.


(image d’archive: Manifestation contre la réforme des Lycées à Saint-Paul, Ile de la Réunion / Décembre 2008)



  • Jude

    Les lycéens ne savent pourquoi ils manifestent, ils n’en connaissent pas les tenants et aboutissants.

    S’ils savaient, ils fermeraient leur ***** et irait bosser !

    (voir mon tweet sur la comparaison des semaines de travail et retraite entre France et reste de l’Europe)

  • Olivier

    @Jude: Je suis en désaccord complet avec toi. Je n’ai pas envie d’argumenter plus mon désaccord plus que cela puisque je le développe dans mon article, mais au cas où tu n’aurais pas lu, je vais le redire. Les lycéens ne sont pas cons. Certains ne savent en effet pas pourquoi ils manifestent, mais c’est bien mal connaître les autres. On s’informe en détail sur tout ce qui est relaté comme explications par le gouvernement, l’opposition et la presse. Des séances d’informations sont faites par des lycéens et adultes pour expliquer à d’autres ce sur quoi porte la réforme avec un certain nombre d’explications.
    Enfin je m’attarde un peu sur le « S’ils savaient, ils fermeraient leur ***** et irait bosser ! ». En conclusion et selon toi, une personne et peu importe laquelle, sachant sur quoi porte la réforme n’irait pas manifester et irait travailler. Ta phrase s’applique aussi bien pour les adultes que pour les jeunes qui manifestent actuellement, à moins que tu considères que tant que l’on a pas la majorité, c’est à dire dix-huit ans, on est des abrutis finis pas capable de comprendre quoi que ce soit. Si des travailleurs se mettent à manifester, c’est qu’il y a bien une raison, raison qui peut tout autant être partagée par d’autres personnes, même des lycéens.

  • Jude

    Oui ma remarque vaut pour les adultes bien sûr (mais l’article porte sur les lycéens).
    Et je t’avoue que je n’ai pas lu tout l’article car il est trop rébarbatif à lire (ergonomie web : plus d’espaces, de sous-titres pour favoriser la lecture).

    Tu veux savoir pourquoi vous les Français vous faites grève à tout bout de champ ? Parce que vous êtes un pays d’assistés, et que vous vous reposez sur vos acquis sociaux alors que le monde et la société évolue (de plus en plus d’habitants à nourrir, loger, soigner, faire vivre). Il faut bien faire quelque chose pour palier à ça non ?

    Garder la semaine à 35h et la retraite à 60 ans c’est complètement utopique ! Et tant que vous ne vous sortirez pas la tête du cul, vous ne le verrez pas !

  • Olivier

    @Jude: Donc plutôt que de défendre des acquis, en effet tentons de les détruire, cela vaut mieux. Nous avions jusque là en effet l’un des modes de vie les plus confortables du monde. Qu’il s’agisse de santé ou de retraire. Et alors même que nous voyons les Etats-Unis qui commencent à adopter un système à la française notamment dans la santé, on nous dit qu’il s’agit d’un système utopique qu’il faut détruire. La liberté est utopique également, l’égalité. Toutes ces valeurs défendues par les gouvernements sont, et je ne me trompe pas, utopiques car jamais atteinte mais espérées. Dès lors qu’elles sont utopiques, et selon l’interprétation que je fais de ton message, il faut supprimer ces points et aller de l’avant. Supprimons la retraite actuelle parce qu’elle est utopique. Supprimons les droits du travail actuel parce qu’ils sont utopiques. Alors allons jusqu’au bout dans ce cas, ne nous arrêtons pas à des détails, et supprimons la liberté et l’égalité qui sont utopiques.

  • Jude

    Les systèmes sont bons, mais il faut bien les financer non ? C’est ne pas prendre en compte la réalité de la société actuelle qui est utopique.

    Les arguments anti-réforme sont toujours dans l’exagération, c’est désespérant.

  • Olivier

    @Jude: De toute évidence nous ne sommes pas d’accord. A mon avis il n’y a pas de véritable problème de financement. Quand on voit la part des dépenses publiques qui passent dans du superflus, je suppose que la crise n’est pas connue du gouvernement. A vrai dire la crise n’existe pas à mon sens. La France, cinquième puissance économique mondiale, est endettée. Ha oui, on est endetté donc supprimons ce qui ne peux plus être de social et laissons le libéralisme prendre place. Les Etats-Unis. Endettées à plusieurs milliers de milliards de dollars. Et ils commencent à faire du social. Cherchons l’erreur ensemble.